Charlotte HUET
Psychologue Lille
Charlotte HUET
Psychologue Lille

Introduction

Lorsque l’on évoque aujourd’hui la sexualité, les premiers mots qu’on lui associe sont en général « sexe », « amour », « pulsion », « désir », « charnel », « passion », « acte sexuel », « relation à l’autre », « excitation », « intimité », « sensualité », « érotisme », « échanges », « caresses », « orgasme », « jouissance », et de nombreux autres termes. Ainsi, dans la construction commune, il ne s’agit pas uniquement du seul rapport sexuel qui consiste, comme on l’enseigne parfois aux enfants, à la pénétration de la femme par l’homme, à savoir l’acte de reproduction. (...)

 

La satisfaction sexuelle

De quoi parlons-nous ? De quelle satisfaction ? Comment l’atteindre ? Il semble que plusieurs étapes soient convoquées pour atteindre cet objectif.

La première d’entre elles est sans aucun doute le désir, on parle ici du désir sexuel. Désir de l’autre, désir de la relation sexuelle, désir de plaisir. (...) Ce désir peut être « désir d’en haut », il est alors plutôt cérébral, psychique, pris dans les fantasmes, l’imaginaire de la personne, en lien avec la culture et le relationnel, l’état émotionnel du moment (le stress et la fatigue par exemple ne vont pas dans le sens de la montée du désir), les expériences passées ou encore le sentiment d’identité sexuelle. Cela peut également être « désir d’en bas », c’est le désir avec les sensations corporelles reliées, les changements hormonaux par exemple. (...)

(...) La dernière phase est celle qu’on nomme la résolution : après l'excitation et l'orgasme, notre corps se détend. Cela s’accompagne en général d’un sentiment de satisfaction et de somnolence. La respiration, la fréquence cardiaque et la pression artérielle reviennent à la normale. 

La sexualité

(...) la sexualité touche une dimension physique mais également psychique du sujet. La sphère physique englobe les messages envoyés par le corps et les réponses du corps, les caresses, les sensations corporelles. Et la sphère psychique recouvre toutes nos pensées, nos croyances quant à la sexualité, le désir, les préférences sexuelles, ce qui s’inscrit de nos expériences antérieures, les fantasmes, l’imaginaire. 

(...) quelle place prend alors la sexualité dans nos vies à l’époque actuelle ? (...)

 

Un peu d’histoire

Si on reprend l’étymologie du terme sexualité, on retrouve d’une part le latin sexus, qui désignait à l’origine le sexe des plantes, des minéraux, et d’autre part sexualis qui désigne ce qui concerne le sexe de la femme, féminin. Apparaît ensuite le mot sexe au XIIe siècle, qui se généralise au XVIe, mais ne désigne toujours pas les organes génitaux (on dit : les personnes du sexe, le beau sexe, pour désigner les femmes). (... )

(...)

 

Aujourd'hui, le mot sexualité regroupe donc deux sens différents : soit ce qui caractérise l'existence ou la reproduction sexuée (sexualité des plantes, des animaux), soit l'ensemble des comportements qui recherchent le plaisir charnel. La sexualité telle que nous l'entendons aujourd'hui n'a donc pas toujours existé, mais s'est construite très récemment, du XVIIIe au XXe siècle.

 

 

La place de la sexualité aujourd’hui

A l’ère d’internet, la sexualité d’aujourd’hui n’a jamais été autant vue, autant parlée, autant regardée, décrite, imaginée. Depuis la révolution sexuelle, notamment cinématographique, des années 1970, la pornographie s’est développée et démocratisée, devenant même pour certains un modèle à suivre, s’inscrivant parfois comme croyance sexuelle. Il semble alors, qu’à l’image de ces films dont les scénarios se ressemblent tous étrangement, la sexualité actuelle ait du mal à être pensée et ressentie, et se retrouve plutôt formatée dans l’acte sexuel cru, dans des scénarios répétitifs. La sexualité prend donc une place de plus en plus importante dans notre quotidien, notamment au travers des médias, des publicités, des films, de la musique, des jeux vidéo. L’accès devient alors facile, anonyme, gratuit, avec une possibilité de choix infinis. Certains parlent même d’une « hyper-sexualisation » de la société actuelle, remettant parfois en question le désir, qui laisse place à la satisfaction immédiate (exemple de l’addiction à la pornographie). 

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Cette révolution sexuelle a donc permis une libération de la sexualité, de la parole sexuelle, avec la remise en avant de la recherche de la satisfaction du plaisir. Mais elle semble évoluer également dans l’emprisonnement au travers de représentations dysfonctionnelles de ce que cela devrait être d’avoir une « bonne sexualité », voire une sexualité « normale ». Le sexe est devenu une idéologie où chacun d’entre nous est sommé d’avoir une vie sexuelle compétitive et épanouie. La femme, selon les magazines et les publicités, doit savoir « affoler » son homme et celui-ci « surprendre » sa compagne et chacun doit jouir intensément, si possible au même moment. Ainsi fleurissent des « moyennes », voire des « normes » à respecter concernant la bonne pratique de la sexualité. Par exemple, il faudrait faire l’amour 3 fois par semaine pour être dans la « norme » ; un couple qui ne fait pas l’amour a un problème, ce n’est pas « normal », etc. Quitte à être parfois un peu perdu, en démontrent 74000 recherches mensuelles sur Google « Comment faire l’amour ? ». 

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La sexualité prend aujourd’hui une place importante dans la pensée collective et dans la pensée individuelle. Pour le sujet, elle se révèle souvent porteuse de positif, d’enrichissement, lorsqu’elle est satisfaisante. Elle peut alors amener du partage, de l’intimité, de l’amour, du bien-être, de la curiosité, de la découverte, du plaisir, etc. Mais elle se révèle parfois compliquée, source de difficultés, de conflits, d’interrogations, de doutes, voire de dysfonctionnements sexuels. La personne sujette à ce type de difficultés peut alors se retrouver en proie à des émotions douloureuses telles que la culpabilité, le sentiment d’être incomprise, impuissante, anormale. 

Mais c’est de la sexualité qui fonctionne dont on parle en général. On évoque moins volontiers l’homme qui a des difficultés d’érection, la femme qui n’a plus de désir sexuel, le vide érotique dans son couple, etc.

Claude Crépault a tenté de définir la notion de « santé sexuelle ». Selon lui, on ne peut définir la santé sexuelle simplement par l’absence d’une problématique sexuelle. Il pose ainsi comme condition (parmi d’autres) d’une bonne santé sexuelle, la capacité de désirer, d’imaginer et de jouir. Cela rejoint l’idée développée précédemment, à savoir que la sexualité prend place à la fois dans notre psychisme (pensées, croyances, souvenirs) et dans notre corps (sensations corporelles, orgasme).

 

Conclusion

Ainsi, la sexualité tient une place importante dans la pensée collective, sociétale et dans la pensée individuelle. Elle est donc la somme de l’histoire, de la culture, des règles, des lois, de la pensée du sujet et de ses interactions avec l’autre. De fait, si la sexualité s’impose désormais tout autour de nous, elle prend, dans nos propres vies, la place qu’on veut bien lui donner, à la fois dans notre imaginaire, dans nos pensées, mais aussi dans nos mises en acte. La sexualité d’aujourd’hui recouvre de nombreux symboles, de nombreuses dimensions, de nombreuses croyances. Ce sont toutes ces dimensions qui lui permettent de tenir une place particulière dans la vie du sujet.

 

Charlotte HUET.

 

Pour retrouver l'intégralité de l'article : Publié dans la revue "Sexualités Humaines" n°35